
Mon histoire, notre histoire, celle d’Alma
Voici mon histoire, et surtout celle de ma fille, Alma.
J’ai 20 ans et je termine un BTS Commerce. Je suis en couple avec mon compagnon depuis six ans.
En mai 2025, nous décidons d’agrandir notre famille. Cette période a été très difficile moralement. Les mois passaient et je me sentais incapable de tomber enceinte. Je me persuadais que quelque chose n’allait pas chez moi. J’ai sombré peu à peu.
Pour m’aider à traverser cette attente, j’ai commencé à écrire dans un carnet destiné à mon futur bébé. J’y racontais notre histoire, nos rêves, notre impatience et tout l’amour que nous avions déjà pour lui.
Le 21 août 2025, j’apprends enfin que je suis enceinte.
Je l’annonce à mon compagnon. Nous sommes remplis de bonheur. Nous avons enfin notre petit miracle.
Très rapidement, la grossesse devient compliquée. Je souffre d’importantes nausées et vomissements. Je perds près de 10 kilos en seulement quelques semaines.
Lors de l’échographie du premier trimestre, notre sage-femme détecte une malformation de la main droite de notre bébé : une main botte. Nous sommes orientés vers le centre de diagnostic anténatal du CHU.
Une semaine plus tard, la malformation est confirmée. Ce jour-là, on me réalise un prélèvement du placenta (biopsie de trophoblaste). Nous rencontrons également les généticiens afin d’établir notre arbre généalogique et de rechercher une éventuelle anomalie génétique.
Quelques jours plus tard, nous recevons un premier appel : aucune trisomie n’a été retrouvée.
Les médecins souhaitent toutefois aller plus loin. Mon compagnon et moi devons effectuer une prise de sang afin de réaliser des analyses génétiques beaucoup plus poussées. L’attente sera longue : deux à trois mois.
Le 2 décembre 2025, le généticien nous appelle enfin. Les résultats sont rassurants : aucune anomalie génétique n’a été retrouvée.
Nous reprenons espoir.
Le 8 décembre 2025 a lieu l’échographie du deuxième trimestre.
Tout semble bien se passer jusqu’à la fin de l’examen. Le professeur nous demande de nous asseoir.
À cet instant, notre vie bascule.
Il nous annonce qu’une deuxième malformation vient d’être découverte : une grave malformation cardiaque.
Je comprends immédiatement.
Je comprends que je vais devoir dire au revoir à ma fille.
Dire au revoir à ma grossesse.
Dire au revoir à tous les projets que nous avions imaginés pour elle.
Trois jours plus tard, nous retournons au CHU afin de rencontrer une cardiologue pédiatrique. Elle confirme le diagnostic.
Comme nous approchons des fêtes de Noël, je prends la décision d’organiser l’interruption médicale de grossesse au début du mois de janvier.
J’ai passé les fêtes de fin d’année dans un état que je ne souhaite à personne.
Pendant que tout le monde préparait Noël, moi, je choisissais le cercueil de ma fille, je réfléchissais à sa tombe et j’organisais ses obsèques.
Le 7 janvier 2026, nous arrivons la veille à la maternité afin de dormir sur place.
Je suis incapable de décrire ce que j’ai ressenti cette nuit-là.
C’était un mélange de peur, de tristesse, d’amour, mais aussi une forme de soulagement de savoir que ses souffrances allaient bientôt s’arrêter.
Le lendemain matin, nous arrivons en salle d’accouchement à 7 h 30.
Le déclenchement débute vers 9 heures.
Vers 10 h 07, le professeur et toute son équipe viennent pratiquer le geste qui arrête le cœur de ma petite fille.
À 10 h 07, le cœur d’Alma cesse de battre.
Les heures qui suivent sont étranges.
Puis, à 15 h 51, je sens que mon corps est prêt.
J’appelle les sages-femmes.
Quelques instants plus tard, Alma naît.
Je la prends immédiatement dans mes bras.
Je tombe profondément amoureuse de ma fille.
Pendant quelques instants, je crois presque que tout cela n’est pas réel.
Comme si mon cerveau refusait d’accepter ce qui venait de se passer.
Après l’accouchement, le placenta ne sort pas malgré plus d’une heure de tentatives. Je dois être emmenée au bloc opératoire.
À mon réveil, je n’ai qu’une seule envie : retrouver ma fille.
Lorsque je reviens dans ma chambre, une auxiliaire de puériculture vient m’expliquer que le berceau réfrigéré prévu pour Alma est tombé en panne.
Elle me dit alors cette phrase qui résonne encore aujourd’hui dans ma tête :
« Nous avons dû mettre votre fille dans le frigo. »
Sur le moment, je n’y prête presque pas attention.
Mais depuis, cette phrase ne m’a jamais quittée.
On me ramène enfin Alma.
Nous faisons des photos.
Nous prenons ses empreintes.
Nous créons les seuls souvenirs que nous aurons d’elle.
Quelques heures plus tard, le berceau réfrigéré fonctionne de nouveau.
Je suis heureuse de pouvoir passer toute la nuit auprès de ma fille.
Vers 20 h 30, nous sommes transférés dans le service des grossesses à risque.
Toute la nuit, je dors la main posée sur son ventre, en surveillant régulièrement le fonctionnement du berceau.
C’était notre dernière nuit ensemble.
Le lendemain matin, vers 8 h 30, une sage-femme entre dans la chambre.
Elle nous annonce que, dans dix minutes, ils viendront chercher Alma.
À cet instant, tout devient réel.
Dix minutes plus tard, ils reviennent.
Ils prennent doucement ma fille.
Lorsque la porte se referme derrière eux, je m’effondre au sol.
Mon compagnon me tient dans ses bras.
Je pleure toutes les larmes de mon corps.
Nous habitons à une heure et demie du CHU. Nous avions loué un Airbnb pour quelques jours.
Le lendemain, je peux retourner voir Alma.
Le 13 janvier 2026 ont lieu ses obsèques.
Je n’aurais pas pu lui offrir un plus bel au revoir.
Les semaines qui suivent sont étonnantes.
Je tiens debout.
Je souris même parfois.
Je crois réussir à avancer.
Puis arrivent les résultats de son autopsie, au mois d’avril…
Et tout s’effondre de nouveau.
Quelques semaines plus tard, nous recevons enfin les résultats de l’autopsie d’Alma.
Les médecins nous expliquent que notre petite fille présentait plusieurs malformations. Malgré toutes les analyses réalisées, aucune cause génétique n’a été retrouvée à ce stade. Pour poursuivre les recherches, de nouveaux prélèvements sanguins nous sont proposés afin d’aller encore plus loin.
Quelques jours plus tard, je retourne au service de diagnostic anténatal. Les soignants me remettent la clé USB contenant les photos de naissance de ma fille, comme cela avait été prévu.
En rentrant chez moi, j’attends que mon compagnon s’endorme. Vers minuit, je m’installe seule devant mon ordinateur. C’était la première fois que j’allais découvrir ces souvenirs.
J’insère la clé USB.
J’ouvre le dossier.
La première photo apparaît.
Je comprends immédiatement que quelque chose ne va pas.
Ce n’est pas une photo de naissance.
Je passe à la suivante.
Puis à une autre.
Deux images extrêmement choquantes se trouvent dans le dossier. Elles n’ont rien à voir avec les souvenirs que j’étais venue chercher.
En quelques secondes, tout ce que j’avais réussi à reconstruire s’effondre.
Je ne dors pas cette nuit-là.
Les jours qui suivent sont les plus sombres de ma vie.
Je perds complètement pied, je fais des tentatives de suicide.
Je suis alors prise en charge par plusieurs professionnels : des psychiatres, une psychologue du CHU, un sophrologue pratiquant l’EMDR, ainsi que l’association SPAMA, spécialisée dans l’accompagnement des parents endeuillés.
Quelques jours plus tard, on m’explique qu’il ne s’agissait pas de photos de ma fille.
Une erreur s’était produite.
Deux photographies appartenant au dossier d’un autre bébé avaient été intégrées par erreur dans celui d’Alma.
J’ai ressenti une immense colère.
Une profonde tristesse.
Pour moi.
Pour ma fille.
Mais aussi pour les parents de cet autre bébé, qui ignoraient sans doute que ces images avaient été remises à une autre famille.
Avec le temps et grâce à l’accompagnement dont j’ai bénéficié, j’ai peu à peu réussi à avancer.
Puis, le 16 mai 2026, une date hautement symbolique.
Le jour où Alma aurait dû naître.
J’apprends que je suis de nouveau enceinte.
Pour la première fois depuis longtemps, je ressens une immense joie.
J’ai l’impression que la vie m’offre une nouvelle lumière.
Malheureusement, ce bonheur sera de courte durée.
Le 1er juin 2026, je fais une fausse couche.
Une nouvelle épreuve.
Une nouvelle douleur.
Mais cette fois, malgré la tristesse, je refuse de me laisser engloutir.
Je décide alors de donner un nouveau sens à tout ce que j’ai traversé.
Je crée mon institut de massage bien-être : La Bulle d’Alma.
Ce nom n’a pas été choisi par hasard.
Alma signifie « l’âme ».
À travers chaque massage, mon souhait est que les personnes qui franchissent ma porte puissent déposer leurs douleurs, relâcher leurs tensions et repartir plus légères, apaisées et reconnectées à elles-mêmes.
Au fil des séances, je me suis découverte.
J’ai appris à écouter autrement.
À prendre soin des autres, tout en prenant doucement soin de moi.
Aujourd’hui, Alma est présente dans chacun de mes gestes.
Dans chaque personne que j’accompagne.
Dans chaque instant de ma vie.
Cela fait maintenant presque 8 mois qu’elle est partie.
Son absence est toujours immense.
Il y a encore des jours où la douleur reprend toute sa place.
Des jours où le manque est insupportable.
Mais je n’abandonne pas.
Avec mon compagnon, nous continuons de nous battre pour réaliser notre rêve : offrir un jour un petit frère ou une petite sœur à Alma.
Parce qu’elle sera toujours notre premier enfant.
Notre première fille.
Et parce que, malgré son absence, elle continue chaque jour de nous apprendre à aimer, à espérer et à avancer.
Emma.
