
Alya
J’aimerais partager notre histoire, celle d’une famille brisée par la perte de notre bébé, mais aussi mettre en lumière la force des mamans en deuil, des mamans d’anges, et rendre hommage à tous ces petits bébés partis beaucoup trop tôt.
Je m’appelle Morgane, j’ai 30 ans. Je suis la maman d’un petit garçon de 6 ans et je partage ma vie avec Valentin depuis 2018.
Après la naissance de notre fils, nous avons voulu agrandir notre famille. Mais pour nous, avoir un enfant ne pouvait pas se faire “comme tout le monde”. Nous avons dû passer par la PMA, un parcours extrêmement difficile, rempli d’attente, d’espoir, de déceptions et de douleurs. Il aura fallu 8 inséminations avant d’arriver enfin à notre bonheur.
Le 24 juillet 2025, notre miracle est arrivé : j’étais enceinte.
Nous étions les plus heureux du monde après ce combat acharné. Enfin, notre bébé bonheur allait arriver. Nous avons annoncé cette merveilleuse nouvelle à notre famille et à nos amis le 30 août, le jour de l’anniversaire de notre grand garçon. Tout le monde était heureux pour nous.
Puis, à mon troisième mois de grossesse, nous avons appris que j’avais contracté le CMV, un virus pouvant provoquer de graves séquelles chez le bébé. J’ai dû suivre un traitement très lourd avec 16 comprimés par jour. Ma gynécologue a mis en place une amniocentèse afin de vérifier si notre bébé avait été contaminé.
Le jour de l’examen, malgré la peur, j’étais sereine. Une semaine plus tard, les résultats sont tombés : ils étaient négatifs. Notre bébé n’était pas contaminé. Ce jour-là, nous avons aussi appris que nous attendions une petite fille.
Notre petite Alya.
Mais quelques semaines plus tard, tout a basculé. J’ai commencé à avoir des saignements. Nous faisions sans cesse des allers-retours aux urgences, mais à chaque fois, on nous disait que tout allait bien : mon col était correct, notre bébé bougeait bien, il fallait continuer la grossesse normalement.
Malgré tout, j’étais terrorisée. Pendant une grossesse, voir du sang n’est jamais rassurant.
Puis il y a eu ce 10 novembre.
Nous sommes retournés aux urgences car j’avais d’importantes pertes de sang. Les médecins ont alors supposé que j’avais perdu les eaux dans le sang que je perdais. Mon col était ouvert à 1 cm. J’ai été hospitalisée pendant une semaine sous surveillance. Les médecins nous ont expliqué qu’un accouchement prématuré pouvait arriver à tout moment et qu’à seulement 20 semaines et 5 jours de grossesse, notre bébé ne pourrait malheureusement pas survivre.
Pendant cette hospitalisation, Alya allait pourtant bien. Elle bougeait, elle vivait… Je gardais l’espoir.
Mais le 18 novembre, lors d’un rendez-vous au CHU avec une échographie de contrôle, notre monde s’est effondré.
Notre bébé ne grandissait plus. Elle était coincée dans un petit bassin. Je n’avais presque plus de liquide amniotique. Les médecins nous ont annoncé qu’il allait falloir procéder à une IMG.
Ils ont organisé l’accouchement pour le jeudi 20 novembre à 8h et m’ont donné un comprimé pour commencer le travail.
Nous sommes rentrés chez nous anéantis. Bouleversés. Nous allions perdre notre fille.
Le lendemain a été l’une des pires journées de notre vie. J’étais déjà plongée dans une immense tristesse quand, vers 20h, les douleurs et les contractions ont commencé. J’ai fait une énorme hémorragie et mon conjoint m’a emmenée d’urgence à la maternité.
L’équipe médicale a été incroyable. Bienveillante, douce, humaine. Ils nous ont entourés avec énormément de soutien psychologique et d’amour dans cette épreuve inimaginable.
Et à 7h46, notre petite Alya est née pour s’envoler au paradis. 🤍✨
Aujourd’hui, cela fait presque 6 mois qu’elle n’est plus là.
Le manque est indescriptible. La douleur est insupportable. Je suis triste, en colère, perdue. Je me sens seule sans ma fille. Après tout ce combat pour l’avoir, tout s’est arrêté brutalement et injustement. J’en veux à la vie. Elle est parfois si cruelle. Nous n’aurions jamais dû connaître une telle douleur.
À travers ce témoignage, je veux aussi dire aux parents qui traversent le deuil périnatal : faites-vous aider, ne restez pas seuls. Parlez. Entourez-vous. Nos bébés anges veillent sur nous, même invisibles. ✨
Je souhaite rendre hommage à tous ces enfants partis trop tôt. Et particulièrement à ma petite Alya. 💕
Y a des jours un peu plus supportables que d’autres, et puis il y a ceux où la douleur me détruit complètement. La vie continue malgré tout. On doit avancer, continuer de vivre, continuer d’être là… même quand une partie de nous est partie avec notre enfant.
La société nous fait souvent comprendre qu’il faudrait “passer à autre chose”, reprendre le cours normal de notre vie. Mais comment est-ce possible après avoir perdu son bébé ? Je crois que ce chemin sera très long.
Je suis suivie par une kinésiologue, car je n’arrive pas encore à franchir le pas d’aller voir une psychologue. Peut-être parce qu’au fond, j’ai peur. Peur qu’en parlant, en travaillant sur ma douleur, cela signifie “faire mon deuil”. Et cette idée me terrifie. J’ai peur d’oublier ma fille alors que je sais qu’au fond, je ne l’oublierai jamais. C’est difficile à expliquer.
Pourtant, j’arrive à parler d’elle. J’en ai même besoin. J’aimerais parler d’Alya tous les jours, entendre son prénom, raconter son histoire, dire qu’elle existe et qu’elle fera toujours partie de notre famille. Mais avec beaucoup de personnes, c’est compliqué. Certains ne savent pas quoi dire, d’autres ont peur de me voir pleurer ou de raviver ma douleur. Alors le sujet devient tabou, alors qu’il ne devrait jamais l’être.
Valentin, lui, vit sa peine différemment. C’est un homme qui cache énormément ses émotions. Il ne montrera presque jamais qu’il va mal, mais je sais qu’au fond de lui, il est détruit. Il souffre simplement à sa manière.
Et puis il y a notre fils, Menzo. Du haut de ses 6 ans, il avait compris tellement de choses. Il voyait mon ventre s’arrondir, il savait qu’il allait devenir grand frère, qu’il allait avoir une petite sœur. Nous avions préparé sa chambre, imaginé notre nouvelle vie à 4.
Puis il a fallu lui annoncer que sa petite sœur était partie rejoindre le paradis des enfants.
Depuis, il n’en parle plus vraiment. Peut-être à sa façon à lui aussi. Mais en grandissant, s’il ressent le besoin d’en discuter, il saura que nous serons toujours là pour l’écouter et parler d’elle avec lui.
Le retour à la maison après la maternité a été l’une des choses les plus difficiles de ma vie. Quitter l’hôpital sans son bébé… ce vide immense est indescriptible.
Puis rentrer chez soi et découvrir cette chambre vide. Voir tous ces meubles que nous avions montés avec tellement d’amour, ces affaires préparées pour elle… et comprendre qu’il allait falloir démonter cette chambre que nous avions imaginée pour notre fille.
C’était atroce. Je pleurais sans arrêt. Je ne pensais qu’à elle. C’était une douleur incontrôlable, une situation tellement injuste et inhumaine.
Aujourd’hui encore, certaines dates me terrorisent. Le mois de novembre restera à jamais gravé dans mon cœur. Je l’appréhende déjà, car il y a des périodes qui deviennent impossibles à traverser quand elles nous rappellent ce que nous avons vécu.
Et pendant ce temps-là, le monde continue d’avancer.
Les gens vivent normalement, les mamans viennent chercher leurs bébés à l’école, certaines annoncent leur grossesse, d’autres accouchent… et toi, tu restes là avec ton absence et ton vide immense.
Alors oui, parfois je pleure en voyant une femme enceinte ou une maman avec son bébé. Et parfois je me surprends à penser : “Pourquoi elle et pas moi ? Pourquoi ça nous est arrivé à nous ?”
On culpabilise presque de ressentir ça. Pourtant, je crois que c’est simplement la douleur d’une maman qui aurait dû avoir son enfant dans les bras.
Aujourd’hui, Alya est partout avec nous.
Dans notre maison, il y a des petits pendentifs personnalisés à son prénom. Nous avons créé une boîte remplie de ses souvenirs : ses photos, son bracelet de naissance, son doudou, quelques vêtements… Une boîte que nous ouvrons quand le manque devient trop fort.
Avant qu’elle parte, je lui avais demandé de nous envoyer des signes. Je lui avais dit que lorsqu’on verrait un arc-en-ciel, ce serait elle.
Et puis il y a la musique. Je suis une grande fan de Céline Dion, alors certaines de ses chansons appartiennent désormais à Alya. Quand je les écoute, c’est comme si elle était un peu là avec moi.
Nous allons aussi la voir au cimetière, là où repose notre petit ange. Ces moments auprès d’elle sont précieux. C’est notre manière de continuer à être ses parents malgré son absence.
Parce qu’on ne cesse jamais d’être maman d’un enfant parti trop tôt.
Il y a aussi une autre réalité dont on parle très peu quand on perd un bébé : la violence de certaines paroles.
Quand on vit un deuil périnatal, on est déjà détruit intérieurement. Pourtant, certaines personnes se permettent des mots d’une cruauté inimaginable, parfois sans même se rendre compte du mal qu’ils provoquent.
Nous avons entendu :
« Ce n’est pas grave, vous en ferez un autre. »
« Ce n’était qu’un bébé de 5 mois de grossesse. »
« Vous avez déjà Menzo. »
Comme si un enfant pouvait remplacer un autre.
Comme si notre fille avait moins existé parce qu’elle n’était pas née “à terme”.
Comme si le fait d’avoir déjà un enfant devait effacer la douleur de perdre Alya.
Mais non.
Alya était notre fille.
Nous l’avons désirée pendant des années.
Nous nous sommes battus pour elle à travers la PMA.
Nous l’avons aimée dès les premières secondes.
Nous avons entendu son cœur battre.
Nous avons préparé son arrivée, sa chambre, sa vie auprès de nous.
Alors peu importe son âge dans mon ventre :
elle existait.
C’était notre bébé.
Et nous avions déjà construit tout un avenir avec elle.
Le deuil périnatal est encore beaucoup trop minimisé dans notre société. Beaucoup pensent qu’il faut “tourner la page” rapidement, qu’il faut relativiser, ou encore que la douleur serait moins forte parce que le bébé n’a pas vécu “longtemps”.
Mais perdre un enfant, peu importe le moment, reste la pire douleur qu’un parent puisse traverser.
Les mots ont un poids immense.
Parfois, une simple phrase peut détruire encore davantage des parents déjà anéantis.
Alors aujourd’hui, j’aimerais aussi sensibiliser à cela :
on n’a pas besoin de trouver les mots parfaits face à des parents endeuillés. Parfois, être simplement présent, écouter, dire “je suis là” suffit largement.
Nos bébés anges méritent d’être reconnus.
Ils méritent qu’on parle d’eux.
Ils méritent d’exister dans les cœurs, même s’ils sont partis trop tôt 🤍🦋
Morgane.
