
« À 40 semaines, tout a basculé… »
Témoignage anonyme
Bonjour les mamanges,
Aujourd'hui, je ressens le besoin de partager mon histoire.
J'ai appris ma grossesse au début du mois de juillet de l'année dernière. À cette période, je venais de prendre la décision de quitter le père de mes enfants. J'ai un petit garçon de 4 ans et cette séparation a été très difficile. Peu de temps après, j'ai refait ma vie avec un homme qui, à l'époque, n'était qu'un ami. Il a accueilli cette grossesse avec énormément d'amour et s'est comporté comme si ce bébé était le sien. De son côté, le père biologique refusait de reconnaître cette grossesse, persuadé que je l'avais trompé, ce qui était totalement faux. Je ne suis pas là pour être jugée, simplement pour témoigner.
Ma grossesse s'est très bien déroulée malgré le contexte compliqué. Je n'ai eu ni diabète, ni nausées, ni complication particulière. En fin de grossesse, j'avais simplement un manque de fer et j'ai été mise sous Tardyferon. Je me reposais beaucoup et tout semblait aller pour le mieux.
Puis est arrivé ce samedi matin.
J'étais enceinte de 40 semaines et j'avais rendez-vous à la maternité pour un simple contrôle avec monitoring. J'étais impatiente. Je me demandais quand ma petite fille allait enfin montrer le bout de son nez. Tout était prêt. Il ne manquait plus qu'elle.
En arrivant, la sage-femme m'installe pour le monitoring. Après quelques instants, elle me demande de me mettre sur le côté. Je lui demande si quelque chose ne va pas.
Elle me répond qu'elle va appeler la gynécologue, car elle ne retrouve pas le cœur de mon bébé.
La gynécologue arrive et réalise une échographie. Quelques secondes plus tard, ces mots tombent :
« Le cœur de votre bébé ne bat plus. Je suis désolée. »
À cet instant, mon monde s'est écroulé.
Je me suis effondrée sur la table d'examen. J'étais incapable de parler. J'ai simplement tendu mon téléphone à la gynécologue pour qu'elle appelle l'homme qui partage ma vie. Il venait de terminer sa nuit de travail et venait à peine de se coucher lorsqu'il a reçu cet appel. Il est arrivé très rapidement.
On m'a installée dans une chambre.
À peine deux heures après avoir appris le décès de ma fille, une sage-femme est venue me parler des obsèques et de l'autopsie. J'étais encore sous le choc. Je lui ai demandé un peu de temps.
Une heure plus tard, elle est revenue avec le comprimé destiné à déclencher l'accouchement.
Je n'arrêtais pas de pleurer.
Mon compagnon est resté toute la journée avec moi. Le soir, il a dû rentrer pour récupérer ses filles, que nous avons en garde alternée. Je me suis retrouvée seule dans cette chambre, incapable de comprendre comment une telle chose pouvait arriver.
Le lendemain matin, vers 8 heures, pendant le petit-déjeuner, j'ai senti que le travail commençait. Les contractions sont arrivées très rapidement.
Je me suis levée pour aller aux toilettes et j'ai appelé la sage-femme. Je me demandais même si elle savait que mon bébé était décédé.
Je lui ai expliqué que je pensais être en plein travail. Pourtant, elle souhaitait d'abord réaliser un bilan sanguin. Je lui ai demandé de vérifier mon col. J'étais déjà dilatée à 6 cm.
Nous sommes parties en salle d'accouchement.
J'étais terrorisée.
Pour moi, il était inconcevable de devoir donner naissance à mon bébé sans vie.
Pendant que les contractions s'intensifiaient, j'avais l'impression d'être seule. Je lui demandais de rester près de moi, je lui disais que j'avais peur, mais je n'ai pas ressenti la présence et le soutien dont j'avais tant besoin.
Puis est venu le moment de pousser.
Une autre soignante est arrivée et est restée à mes côtés jusqu'à la naissance.
Lorsque ma fille est sortie, la sage-femme m'a dit doucement de faire attention à ne pas arracher le cordon. Il était enroulé autour de son cou.
Elle a immédiatement été déposée sur mon ventre.
L'autre soignante s'est occupée d'elle avec beaucoup de douceur. Elle a pris des photos, réalisé les soins et respecté chacun de nos souhaits.
J'avais demandé qu'elle porte les vêtements que j'avais choisis pour sa naissance.
J'ai pu garder ma fille une heure dans mes bras.
C'était mon choix. Je ne voulais pas qu'elle quitte ce monde sans que je puisse la regarder, la toucher et lui dire au revoir.
Une trentaine de minutes après lui avoir rendu ma fille, la même sage-femme est revenue me demander une nouvelle fois de signer les documents concernant les obsèques et l'autopsie.
Je me suis mise en colère.
Je trouvais qu'elle manquait profondément de tact. Je lui ai répondu qu'il y aurait un autre moment pour aborder ces questions.
Je ne l'ai jamais revue, mais j'en garde un souvenir extrêmement douloureux.
L'après-midi, mon compagnon est revenu. Il m'a aidée à me doucher, a pris soin de moi et m'a accompagnée dehors pour prendre un peu l'air.
Le soir même, j'ai demandé à quitter la maternité dès le lendemain. Il m'était impossible de rester dans cette chambre sans mon bébé.
Le lendemain, une sage-femme qui m'avait suivie pendant ma grossesse était présente. Elle a été d'une immense bienveillance. Elle m'a accompagnée dans toutes les démarches administratives pendant que mon compagnon restait à mes côtés.
Avant de partir, elle m'a demandé si je souhaitais revoir ma fille.
J'ai répondu oui.
En arrivant à la morgue, elle m'a annoncé que le cercueil était déjà fermé. Elle a dû demander à quelqu'un de le rouvrir.
Puis on m'a apporté mon bébé dans un sac mortuaire.
Son visage avait déjà beaucoup changé.
Je me suis effondrée.
Aujourd'hui encore, cette image me poursuit.
J'ai demandé qu'une autopsie soit réalisée. À l'heure où j'écris ces lignes, j'attends toujours les résultats.
Ma petite fille est née sans vie le 1er mars. 🌟
Nous avons dû organiser ses obsèques très rapidement. Heureusement, la conseillère des pompes funèbres a fait preuve d'une immense humanité. Mon compagnon, lui aussi, a été d'un soutien indéfectible malgré sa propre souffrance.
Il ne se passe pas un seul jour sans que je pense à ma fille.
On n'oublie jamais son enfant.
On apprend simplement à vivre avec son absence.
J'ai entendu tellement de phrases blessantes :
"C'était écrit."
"Tu en auras d'autres."
"Tu as déjà ton fils."
Ces mots ne consolent pas.
Ils rappellent simplement que ceux qui les prononcent ne peuvent pas imaginer la douleur de perdre un enfant.
Quand on me demandait si j'allais bien, je répondais toujours oui.
En réalité, je n'avais même plus la force de pleurer.
Pour mon petit garçon, qui allait devenir grand frère, nous avons essayé de trouver les mots justes.
En fin de grossesse, j'avais demandé à son papa de s'occuper de lui, car j'étais très fatiguée et bloquée du dos. Puis le drame est arrivé. Il est resté plusieurs semaines chez son père.
Nous avons choisi de lui dire la vérité avec des mots adaptés à son âge. Nous lui avons expliqué que sa petite sœur était décédée et qu'elle était désormais dans le ciel, parmi les anges.
Quand il a revu mon ventre vide, il m'a simplement demandé :
« Maman, elle est où ma petite sœur ? »
Je lui ai répondu qu'elle veillait sur nous depuis les étoiles.
Il m'a dit qu'il était triste.
Aujourd'hui, il en parle beaucoup moins, mais il lui arrive encore de poser quelques questions.
Cette épreuve a également bouleversé ma vie professionnelle.
Je travaillais en EHPAD, en faisant fonction d'aide-soignante. Depuis le décès de ma fille, il m'est devenu impossible de continuer dans le soin. J'ai donc choisi de me reconvertir.
À toutes les mamanges qui me liront…
Nous n'avons pas choisi cette épreuve.
Mais chaque jour, nous avançons malgré l'absence, malgré le manque, malgré cette douleur qui ne nous quittera jamais.
Nos bébés vivent à travers notre amour.
Et tant que nous parlerons d'eux, ils ne seront jamais oubliés.
