
« Je ne me sentais pas légitime de pleurer, pourtant j'avais déjà commencé à aimer. »
Il y a un an et demi, ma vie a basculé.
Lors d'un changement de contraception, ma sage-femme m'a prescrit une prise de sang de contrôle avant de remplacer mon stérilet par un implant. Je n'avais aucune inquiétude. Puis les mots sont tombés : « Vous êtes enceinte. »
À cet instant, mon monde s'est écroulé.
J'ai toujours rêvé d'avoir des enfants, mais pas dans ces circonstances. Notre situation n'était pas stable et, submergée par la peur, j'ai pris rendez-vous pour une interruption volontaire de grossesse. Une décision prise dans la précipitation, sans réellement avoir le temps d'écouter ce que mon cœur ressentait. Malgré cette décision, je pleurais. Je pleurais parce que ce rêve que j'avais porté si longtemps semblait déjà s'envoler.
Le lendemain, alors que j'étais au travail, de fortes douleurs sont apparues, accompagnées de saignements. Au fond de moi, j'ai immédiatement compris. J'ai terminé ma journée tant bien que mal, puis, une fois seule dans ma voiture, tout a lâché. Les larmes, la peur, l'incompréhension.
En rentrant chez moi, la douleur est devenue insupportable. Mon corps saignait, mon utérus me faisait terriblement souffrir. J'avais le sentiment de perdre mon bébé. Peut-être n'était-il qu'au tout début de son existence, mais pour moi, il était déjà là.
Aux urgences, les examens se sont enchaînés. Les médecins ont d'abord évoqué une grossesse extra-utérine. Je suis repartie avec le diagnostic de fausse couche, mais les prises de sang des jours suivants ne permettaient pas de confirmer que tout était terminé.
Pendant deux longues semaines, j'ai vécu dans l'attente, entre prises de sang, échographies et espoirs. Puis le diagnostic est finalement tombé : il s'agissait bien d'une grossesse extra-utérine.
J'ai reçu une première injection de méthotrexate. On m'avait expliqué qu'elle suffisait dans la majorité des cas. Malheureusement, ce ne fut pas mon cas. Une seconde injection a été nécessaire.
Quelques jours plus tard, le 9 février 2025, une douleur fulgurante a envahi tout mon abdomen. Je ne pouvais plus marcher. Je suis retournée aux urgences et j'ai finalement été opérée. Les médecins m'ont expliqué que l'embryon était en train de se détacher, mais qu'une importante quantité de sang s'était accumulée dans mon abdomen, provoquant cette douleur insoutenable.
Depuis, d'autres épreuves se sont ajoutées, laissant place à une profonde culpabilité et à une dépression.
Aujourd'hui encore, je porte en moi les traces de ce parcours. Certaines blessures ne disparaîtront jamais.
Ce qui me fait le plus souffrir, c'est de ne pas toujours me sentir légitime dans mon deuil. Parce que cette grossesse était très précoce. Parce que j'avais envisagé une IVG. Parce qu'on m'a répété que cette grossesse n'était pas viable.
Et pourtant...
J'avais commencé à porter la vie. J'avais commencé, sans même m'en rendre compte, à aimer ce petit être et tout ce qu'il représentait.
On m'a dit qu'il n'était pas viable. Pourtant, il s'est accroché aussi longtemps qu'il a pu.
Aujourd'hui, j'apprends doucement à accepter que mon chagrin a le droit d'exister. Mon histoire est différente de beaucoup d'autres, mais elle mérite, elle aussi, d'être entendue.
Parce que chaque deuil est unique. Et qu'aucune maman, aucun papa, ne devrait avoir à justifier la douleur de perdre un enfant, quel que soit le stade de la grossesse.
Ashley.
