
Esmée,
Je vais commencer par le début de ma grossesse, qui n'a clairement pas été un long fleuve tranquille.
J'ai appris que j'étais enceinte le 27 juin 2025, un jour avant la date prévue de mes règles. Après une prise de sang positive, le bonheur s'est rapidement mêlé à l'angoisse. À plusieurs reprises, j'ai eu des saignements importants. À chaque échographie, on me répétait pourtant que tout allait bien et que mon bébé se portait parfaitement.
À 12 SA + 5 jours, j'ai fait une importante hémorragie. Je perdais tellement de sang qu'il coulait jusqu'à mes genoux. Aux urgences, on m'a annoncé qu'il y avait un petit décollement, mais que mon bébé allait bien. J'ai alors été mise au repos strict.
Vers 16 SA, j'ai repris les cours après avoir reçu l'accord des médecins. Mais dès le premier jour, j'ai commencé à ressentir d'importantes douleurs dans le bas du dos. Les jours suivants, elles sont devenues de plus en plus intenses, au point de me faire pleurer. J'ai appelé l'hôpital, mais on m'a répondu qu'il s'agissait sûrement de simples douleurs de dos.
J'ai tout essayé pour me soulager : le ballon de grossesse, les massages, différentes positions… Rien ne fonctionnait.
Le 25 septembre 2025, à 16 SA + 5 jours, la douleur est devenue insupportable. Je suis allée aux urgences où j'ai été hospitalisée immédiatement. J'ai perdu des caillots de sang et j'étais persuadée de faire une fausse couche. Pourtant, les échographies montraient toujours que mon bébé allait bien.
J'ai passé quinze jours à l'hôpital. Ma CRP était très élevée, j'avais des saignements répétés, mais personne ne trouvait d'explication.
Puis, le 3 octobre 2025, à 17 SA + 6 jours, tout a basculé.
Lors d'une échographie, un gynécologue m'annonce que je suis en train de faire une fausse couche et que mon bébé ne survivra pas. Quand je lui demande s'il peut me dire le sexe de mon enfant, il me répond :
« Pourquoi vous voulez le connaître ? De toute façon, il va partir. »
Cette phrase restera gravée en moi pour toujours.
On me conseille de déclencher le travail, mais les jours passent et le cœur de mon bébé continue de battre. J'arrête alors de vouloir provoquer les choses et je lui parle. Je lui dis que si elle veut rester, elle peut rester, et que si elle veut partir, je ne lui en voudrai pas.
Quelques jours plus tard, un autre médecin me donne un avis totalement différent : le cœur de mon bébé bat bien, il y a suffisamment de liquide amniotique et tout semble aller correctement.
Je rentre donc chez moi avec pour seule consigne le repos strict.
Le 8 octobre 2025, à 18 SA + 4 jours, après avoir passé la journée allongée, j'écoute le cœur de mon bébé avec mon Doppler vers 21 h 30. Tout semble normal.
Puis, vers 23 heures, juste avant d'aller dormir, le cauchemar commence.
En allant aux toilettes, je ressens une lourdeur inhabituelle. Je regarde et j'aperçois les pieds de mon bébé.
J'ai hurlé.
Nous avons appelé mes parents puis les pompiers. Pendant leur arrivée, je tenais les petits pieds de mon bébé avec du papier toilette. Puis j'ai légèrement poussé pour qu'elle puisse sortir sans rester bloquée.
Je l'ai accueillie dans ma main.
Je suis restée de longues minutes avec elle contre moi. Elle ressemblait tellement à son père.
À l'hôpital, les sages-femmes ont été d'une immense bienveillance. Malheureusement, mon placenta était resté bloqué et j'ai dû subir un curetage.
C'est ensuite que nous avons appris que notre bébé était une petite fille.
Elle pesait 180 grammes.
Nous l'avons appelée Esmée.
J'ai pu la voir, mais je n'ai pas réussi à la prendre dans mes bras. Mon conjoint n'a pas souhaité prendre de photo avec elle.
Aujourd'hui encore, ce sont des regrets que je porte.
Le lendemain, je suis allée la voir une dernière fois. Puis elle a été inhumée au Carré des Anges de l'hôpital.
Aujourd'hui, cela fait huit mois qu'Esmée est partie.
Elle me manque toujours autant.
J'ai encore beaucoup de mal à raconter son histoire sans pleurer. Depuis la date à laquelle elle aurait dû naître, je suis suivie par une psychologue. J'essaie d'apprendre à vivre avec cette douleur, cette absence et cette colère envers certains médecins.
Petit à petit, jour après jour, j'apprends malgré tout à aller mieux.
Les sages-femmes avaient réalisé des empreintes de ses mains et de ses pieds.
Le 10 octobre, deux jours après sa perte, j'ai choisi de les faire tatouer sur ma peau.
Je regarde souvent ce tatouage et parfois, cela peut paraître bête, mais quand je pense à elle, je lui fais un bisou.
Caroline.
