
IMG : aimer son enfant, jusqu'à le laisser partir…
L'histoire de Louis
Bonjour à toutes,
Si je prends aujourd'hui le temps d'écrire ces mots, c'est parce que les témoignages d'autres mamanges m'ont aidée à survivre lorsque mon monde s'est écroulé. Lire leurs histoires et écouter leurs podcasts m'a permis de me sentir moins seule.
Alors aujourd'hui, c'est à mon tour de raconter celle de notre fils, Louis.
Je m'appelle Clotilde. Je partage ma vie avec Nicolas et nous sommes les heureux parents de Gabriel, notre premier petit garçon.
En juin 2025, nous apprenons que j'attends notre deuxième enfant. La grossesse démarre parfaitement. Dès les premiers jours, je sens que je suis enceinte. Je retrouve cette faim insatiable que j'avais connue pour Gabriel, accompagnée cette fois de nausées matinales. Nous sommes heureux, impatients, et Gabriel est déjà fier de devenir grand frère. Il imagine les parties de foot dans le jardin et toutes les bêtises qu'il fera avec son petit frère.
La première échographie est parfaite. Notre bébé grandit bien, son cœur bat, il bouge déjà énormément. Pourtant, malgré tous ces voyants au vert, une étrange sensation ne me quitte pas. Je n'arrive pas à l'expliquer. J'ai simplement le sentiment que quelque chose ne va pas.
Quelques semaines plus tard, le dépistage de la trisomie revient avec un risque augmenté. Nous réalisons un DPNI qui revient finalement rassurant. Les principales anomalies chromosomiques sont écartées. Nous respirons un peu, mais ce pressentiment reste là, silencieux.
Puis arrive l'échographie morphologique.
Notre sage-femme commence l'examen comme d'habitude. Louis bouge beaucoup. Toutes les mesures sont bonnes. Puis elle arrive sur son cœur. Le silence s'installe.
Elle ne dit rien, mais je comprends immédiatement que quelque chose ne va pas. Je ne saurais toujours pas expliquer pourquoi. Une intuition de maman, peut-être.
Après une heure et demie d'examen, elle nous adresse à une cardiologue spécialisée pour une échographie cardiaque fœtale en urgence.
Trois jours plus tard, notre vie bascule.
La cardiologue pose la sonde quelques secondes sur mon ventre avant de nous dire qu'elle comprend immédiatement pourquoi sa collègue n'arrivait pas à analyser son cœur.
Notre fils est atteint d'une double discordance ventriculaire, une cardiopathie congénitale extrêmement rare.
Son cœur s'est construit à l'envers.
Commencent alors les explications médicales, les scénarios possibles, les interventions chirurgicales dès la naissance, les risques immenses, les années d'hospitalisation... puis cette autre possibilité, que je n'aurais jamais imaginé devoir entendre un jour : l'Interruption Médicale de Grossesse.
Je n'entends presque plus rien.
Je regarde l'écran.
Je regarde mon bébé.
Et je sais déjà que la décision la plus terrible de notre vie nous attend.
Quelques jours plus tard, nous sommes pris en charge à l'hôpital Necker. Pendant une journée entière, nous rencontrons les équipes, réalisons de nouveaux examens, une amiosynthese, échangeons avec le chef du service de cardiologie pédiatrique. Les professionnels sont d'une humanité incroyable. Ils nous laissent le temps de réfléchir.
Avec Nicolas, nous parlons pendant des heures.
Notre seule question est : Quelle sera la vie de notre enfant ?
Nous l'aimons déjà infiniment.
Et c'est justement parce que nous l'aimons que nous décidons de ne pas lui imposer une vie faite de souffrances, d'opérations répétées et d'incertitudes permanentes.
Quelques jours plus tard, nous appelons Necker.
Nous demandons à interrompre la grossesse.
Je crois que ce fut le coup de téléphone le plus difficile de toute ma vie.
Avant l'hospitalisation, je parle énormément à Louis. Je lui demande pardon. Je lui répète combien je l'aime. Je m'effondre sous la douche en hurlant de douleur, incapable d'accepter ce que nous allons devoir faire...
Le 11 décembre 2025, notre fils naît.
Son cœur s'est arrêté dans le mien.
L'accouchement dure quelques minutes seulement.
Lorsque la sage-femme nous apporte Louis, le temps s'arrête.
Nicolas s'effondre.
Moi, je ne pleure pas.
Je le regarde.
Je découvre ses petits cheveux noirs, son visage, ses mains, ses pieds identiques à ceux de son grand frère.
Je lui parle.
Je le prends contre moi.
À cet instant, je ne suis plus une femme qui vient de vivre une IMG.
Je suis simplement sa maman.
Louis est né à 26 SA + 4jours de grossesse. Il pesait 1,025 kg pour 32 centimètres.
Il était magnifique.
Nous lui disons au revoir quelques heures plus tard.
Puis nous rentrons chez nous.
Sans bébé.
Je crois que rien ne prépare à ce silence-là.
Les deux mois qui suivent sont un véritable ouragan.
Je pleure tous les jours.
Je dors peu.
Je cherche à comprendre ce qui nous arrive.
Je lis des témoignages, j'écoute des podcasts, je consulte une psychothérapeute, une ostéopathe, une réflexologue. J'essaie simplement de survivre.
Et puis, un matin, je me réveille.
Je ne pleure pas.
Je ne vais pas bien.
Je ne vais pas mal non plus.
J'ai simplement la sensation que la tempête est passée et que je découvre enfin l'ampleur des dégâts qu'elle a laissés derrière elle.
Petit à petit, je coupe mes longs cheveux. Très symbolique pour moi, le besoin d'un nouveau départ, je suis une nouvelle maman...
Je reprend le travail aussi.
Nous créons une boîte remplie des souvenirs de Louis.
Gabriel y dépose lui aussi des petits trésors pour son frère.
Aujourd'hui, cela fait 7 mois que Louis est parti.
Je pleure encore presque tous les jours.
Mais mes larmes sont différentes.
Elles sont plus silencieuses.
Elles ne me submergent plus comme avant.
Elles accompagnent simplement le manque immense de mon fils.
Louis fait toujours partie de notre famille.
Nous parlons de lui naturellement.
Gabriel connaît son petit frère. Il sait qu'il peut prononcer son prénom quand il en ressent le besoin.
À la maison, Louis existe toujours.
Nous sommes également en train de construire de nouveaux projets, comme l'achat de notre maison.
Longtemps, j'ai cru qu'avancer signifiait laisser Louis derrière moi.
Aujourd'hui, je sais que c'est faux.
Nous avançons avec lui.
Il est devenu cette présence invisible qui accompagne chacun de nos pas.
C'est ma boussole de vie. Quand je sent que je perd pied, je ferme les yeux et je sais qu'il est là... je respire ... et ca va...
Le deuil périnatal ne disparaît jamais.
On n'oublie pas son enfant.
On n'apprend pas à vivre sans lui.
On apprend simplement, jour après jour, à vivre avec son absence.
Je suis la maman de deux garçons.
Gabriel, que je peux serrer dans mes bras.
Et Louis, que je serre autrement.
L'un me tient la main.
L'autre tient mon cœur.
Et il aura sa place dans notre famille pour toujours 🤍
À toi mon amour ⭐️
- Clotilde -
