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Louis

Je m'appelle Mélina, j'ai 26 ans. Et avec mon chéri, nous sommes ensemble depuis plus de 9 ans. J'ai quitté ma Normandie pour m'installer et vivre avec lui. Je savais donc que ma vie serait avec lui et pas un autre.

Nous avons décidé de commencer nos essais bébé, qui ont plutôt bien fonctionné. Un mois après, j'apprends que je suis enceinte. Je tombe donc enceinte fin janvier 2026. Bonheur absolu, c'est notre famille qui va se concrétiser.

Première écho, de datation, ma crevette est là et surtout, son cœur bat. C'est fabuleux.

Deuxième écho, celle du premier trimestre, et c'est déjà la catastrophe, le gros stress. La dame est silencieuse, on la voit analyser les mêmes endroits, longtemps, difficilement. Puis nous dit : « Je vais vous envoyer dans une autre maternité plus poussée, le cœur de votre bébé est difficile à examiner, mais je crois qu'il y a une malformation. »

Je suis seulement à 12 SA, comment peut-on donner un résultat sur un si petit cœur ?

Nous suivons les indications et allons à Jeanne de Flandre, à Lille. Évidemment, nous ne sommes pas dans les salles d'attente de femmes enceintes lambda. Diagnostic anténatal.

Cette troisième écho, bébé bouge dans tous les sens, mon cœur fond. Elle voit le sexe, nous demande si on veut le connaître. Avec papa, nous nous regardons, les larmes coulent à flot. Nous apprenons que nous avons un petit garçon.

C'est le bonheur, cette écho. Il bouge tellement bien. Et ce regard, que je reconnais, par la même personne, mais le même doute, la même concentration et un silence qui s'installe.

On nous informe que notre bébé a une malformation cardiaque, une cardiopathie sévère, mais qu'elle voit également une fente palatine. Le cœur est une chose qui se répare, la fente est une chose qui se répare. Mais liées ensemble, mon bébé est porteur d'un syndrome, ce qui n'est pas viable.

Elle nous annonce que nous allons devoir penser à une IMG, ou continuer au risque que mon bébé décède. Ou continuer, mais avec les résultats de l'exome, on arrêtera certainement.

Quoi qu'il en soit, mon bébé est condamné.

La dame nous emmène voir le cardiologue. Mais avant de partir, je m'effondre. J'ai tellement envie d'hurler ma peine et ma douleur. Je suis sous le choc.

Nous finissons par aller voir ce cardiologue, mais à quoi bon, je sais déjà ce qu'il en est. Lui nous propose d'aller voir un professeur, pour l'opération de son cœur.

Nous y allons. C'est un médecin sérieux, réputé, qui sait faire son travail. Mais ses derniers mots sont : « Je sors du cadre professionnel, mais les multimalformations de votre enfant sont trop importantes, cela fait trop. »

Je le savais en venant, mais l'entendre, c'est autre chose.

Je dois donc organiser mon accouchement. Je suis à 5 mois de grossesse. Je dois donc accoucher par voie basse, préparer son arrivée en parallèle des organisations de ses obsèques.

Je rentre dans ce salon avec mon joli ventre, en demandant un devis pour une crémation. On me demande pour qui. Comment répondre que c'est pour mon bébé, que je porte ?

J'avais envoyé un mail la veille. En voyant mon ventre et ma main dessus, ils font tout de suite le rapprochement.

Je rentre en maternité le lundi 25 au soir, la gorge nouée, les larmes qui ne s'arrêtent plus. Je ne dors pas. Je décide d'écrire, de lui écrire une lettre.

Papa est à côté de moi, dans son lit minable. On se tient la main et on tombe de fatigue.

On me prépare ce mardi 26 au matin, péridurale, pose de sonde urinaire, Dilapans vers 11 h. Et je passe la journée là-haut, dans ma chambre, à attendre que cela avance.

Prise du premier médicament pour le déclenchement vers 14 h. Ensuite, par tranche, on m'en donnera d'autres.

Les sages-femmes du jour ont bientôt fini leur garde. Avant de partir, on me perce la poche des eaux. Rien ne bouge, leur garde se finit. Je dois attendre les nouveaux, qui furent longs à arriver.

Il est 19 h 30 ou 20 h, je sens le début des contractions. J'utilise la péridurale. On vient enfin me voir, je suis seulement à un petit doigt. Je sens que ça va être long.

Les heures passent, la douleur s'accentue. Je suis à deux petits doigts en fin de soirée. Je commence à faire un peu de fièvre.

Puis, vers 00 h, je sens que ça travaille plus, mais toujours le même col. Alors, on essaie de dormir.

Et vers 1 h du matin, je sens différemment la douleur, plus basse, plus intense. On me ré-oscule, pas d'avancée. Puis vient une contraction. Elle garde ses doigts et sent que mon col change en pleine contraction et que ça peut arriver d'un coup.

Je rappelle quelques minutes plus tard. Je sais, je sais que je dois descendre en salle.

Je suis ouverte à un peu plus de 2. C'est parti, en salle de travail.

On me réajuste la péridurale, qui fonctionne que d'un côté jusqu'à présent. Je rencontre la sage-femme qui va m'accoucher. Je lui montre les affaires pour notre fils.

Je sais que c'est le moment. J'ai peur. Je veux le garder près de moi.

On me regarde une fois après une contraction, mais rien. Elle part faire un check-up chez quelqu'un d'autre.

J'appuie sur le bouton d'urgence. Je sens quelque chose dans mon bassin.

Elle arrive, se prépare. Je pousse, 2 ou 3 fois. Mon bébé est là.

C'est terminé.

Mon monde est définitivement en ruine.

Elle part avec Louis, pour le laver, le préparer, sauf que nos affaires sont trop grandes, évidemment. Elle l'installe dans un cocon tricoté à la main.

Et la revoilà, avec mon bébé éteint dans les bras.

Je tremble, j'ai peur, mais je le prends pour le mettre contre moi. Il est si léger, mais me paraît grand malgré tout. C'est un bébé tout formé, en miniature.

Papa nous regarde, en pleurs.

La sage-femme le prend en photo, me prend avec. On reste avec lui et nous décidons de remonter en chambre.

Pour moi, tout va bien, le placenta est sorti correctement.

Mais comment partir et laisser son bébé ? Car notre choix était de le rencontrer seulement à sa naissance.

Il est donc né le 27 mai à 2 h 06.

Louis pèse 270 g et mesure 24 cm.

Je remonte dans ma chambre entre 4 et 5 h. Je fais un malaise, je vois le sang dans les toilettes, je vomis. Les 2 sages-femmes me tiennent chacun d'un côté pendant qu'une me tend un haricot. Puis on me recouche.

Vas dormir après ça...

Et après quelques minutes de sommeil, tu te réveilles et tu réalises. Ton ventre est vide, tu n'as plus de bébé.

Et vient une sage-femme qui nous propose d'aller le voir en chambre funéraire.

On se regarde avec papa, car ce n'était pas prévu. Mais mon cœur de maman prend le dessus. Je veux voir mon bébé.

Son corps a déjà changé, j'ai peur, mais il est là. Je le prends dans mes bras. Nous sommes en larmes, c'est trop dur.

Je reste avec Louis dans les bras quelques minutes et nous repartons, mais au moins il est entouré de son doudou, est sur son plaid et a la lettre que je lui ai laissée la veille et que l'équipe a soigneusement posée dans son berceau.

Je sors de la maternité vers 17 ou 18 h. Je suis l'ombre de moi-même, vide.

C'est ça, le mot : le ventre vide de la grossesse, et les bras vides de ce petit bébé, mon fils que j'ai tenu.

Mon cœur est resté là-bas.

Le lendemain, j'ai qu'une envie : le revoir.

Je sais qu'il est parti, mais il est quand même là.

Et chaque jour. Nous sommes allés le voir à la chambre mortuaire. Chaque jour, je l'ai porté, câliné, aimé. On lui parlait.

Je voulais m'occuper de mon fils, dans les seuls moments que j'avais avec lui.

Notre rituel : prendre un gilet, car nous sommes en canicule, alors rentrer dans la salle, on se le caille légèrement. Je prends Louis avec moi, papa prend son plaid, me le pose sur les jambes et je dispose son petit corps dessus pour le mettre au chaud.

C'est con, hein, car je sais qu'il est tout froid...

On prend son doudou, je pose mon bola de grossesse sur lui. Et nous restons 1 h le premier jour. Puis 1 h 30 le deuxième, et jusqu'à sa crémation, nous restons à chaque fois un peu plus.

Et mercredi 3 juin, une semaine après sa naissance, vient le jour des adieux.

Nous sommes avec lui depuis 13 h. Je voulais le regarder et le porter avec moi le plus longtemps possible.

Je lui ai à nouveau écrit. On a ajouté des courriers de mes parents, doudou et pulls de sa tante, peluche de mamie.

Aucune cérémonie ne sera organisée, mais nos proches sont dans la salle d'attente. Une amie est venue pour lui déposer un bouquet de roses blanches, qui accompagnera le bouquet que nous lui avons fait faire aussi.

Il est 15 h, sa mise en bière va commencer.

On me dit que c'est l'heure, je dois le laisser.

Mais comment lâcher son bébé en sachant que c'est la dernière fois que je le porte, que je le vois, que je m'occupe de mon fils ? Que pour une dernière fois, je le sentais en sécurité dans mes bras.

Avec les dernières forces qu'il me reste, je tends Louis vers ce monsieur habillé d'un costume noir. Et le pose dans son cercueil blanc, miniature.

On dispose tous les objets qui partiront avec lui. Tout autour de lui, il y a l'amour de sa famille.

Et on nous laisse nous recueillir le temps que la police arrive.

Sauf que c'est plus long que prévu. Je voudrais le reprendre avec moi. Pourquoi ne pas me l'avoir laissé dans mes bras ? Je veux mon fils avec moi.

Alors je le regarde, le caresse autant que je peux, lui fais des bisous en me disant qu'à chaque fois, c'est le dernier, mais je ne peux m'arrêter.

Puis elle arrive. La mise en bière commence. Cela prend 10 min à peine.

Ça y est, mon fils est dans cette maudite boîte.

Je demande, avant qu'il ne parte, que ma famille vienne se recueillir.

Je n'ai pas voulu qu'ils viennent le voir avant, car c'était nos moments, notre cocon à 3. Mais ça, je leur laisse au moins le droit de lui dire adieu.

Je suis figée, bloquée devant son cercueil. Mon regard est sur sa plaque avec son prénom et son nom.

Mon chéri va chercher nos proches. Je suis incapable de regarder qui que ce soit. Je ne veux pas bouger ma main, comme si je le touchais lui.

Je ne peux pas détourner le regard, car je ne veux pas l'abandonner tout de suite.

Je sens les regards sur nous, j'entends les pleurs, mais je suis dans la bulle. Avec mon fils.

Chacun part petit à petit, et le monsieur habillé en noir revient.

Je dépose, pleine de larmes, un dernier baiser sur sa plaque, comme un dernier bisou sur lui.

Et je pars le cœur brisé et détruite.

Mon chéri est effondré aussi. J'ai peur du futur, de notre vie sans lui, sans nos anciens nous. Car je sais que je suis morte en même temps que lui et que plus jamais je ne serai la même.

Nous rentrons à la maison, nous n'allons pas au crématorium. Je m'endors de fatigue, je ne veux voir personne.

Le lendemain, nous récupérons son urne, le cœur qui a été incinéré avec lui. Il est arrivé la veille au crématorium à 16 h 15 et fut incinéré à 16 h 21.

Ce qui me rassure, c'est qu'il n'a pas été laissé de côté pendant des heures.

Depuis, je vis avec ce vide en moi, la douleur, la mort, la tristesse. Incapable de reprendre le travail.

Ma seule envie : retrouver mon bébé. Dans mon ventre ou dans mes bras, car même éteint, c'était mon fils, il était là.

Et l'absence dans mes bras sera la douleur de toute ma vie.

Nous avons eu ensuite notre rdv génétique, que nous attendions impatiemment. Peu importe la réponse, celle-ci sera douloureuse et ne rendra pas notre fils, mais permettra de vraiment faire notre deuil.

Sauf que nous n'avons pas eu de causes. Un génome doit être fait, afin de savoir si notre petit garçon n'a juste « pas eu de chance » ou si nous sommes porteurs d'un mauvais gène.

En revanche, nous avons eu les résultats de son autopsie, et mon cœur de maman a été brisé encore plus.

Ils ont décelé plusieurs autres malformations, qui lui auraient été vitales quoi qu'il arrive.

Et visualiser mon petit bébé si fragile avec autant de choses me fait tellement mal.

Je suis suivie par des psys, je suis actuellement sous antidépresseur.

J'essaie de ne pas m'effondrer, pour mon chéri.

Mais je n'aurais jamais imaginé vivre tout ça...

Mélina.

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