
Malyana
Je m’appelle Ophélie. En 2026, j’ai vécu ce que je n’aurais jamais imaginé vivre : perdre ma fille.
Malyana était un bébé désiré. Cette grossesse, nous l’avions voulue. Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, c’était le début d’une nouvelle vie. J’allais devenir maman. Nous allions devenir une famille.
Dès les premières semaines, je me suis attachée à ce petit bébé qui grandissait en moi. Je suivais ma grossesse, les échographies, les rendez-vous, les changements de mon corps. J’imaginais déjà notre vie avec elle. Je pensais à sa chambre, à son prénom, à tout ce que nous allions découvrir ensemble.
Pendant des mois, elle a été avec moi chaque jour. Je lui parlais, je pensais à elle, je la protégeais comme je pouvais. Elle était encore invisible pour beaucoup de personnes, mais pour moi, elle était déjà ma fille.
Et puis est arrivée cette échographie du deuxième trimestre.
En quelques instants, tout ce que j’avais imaginé pour notre avenir s’est effondré.
Les médecins ont découvert plusieurs anomalies. Il y avait notamment quelque chose d’inhabituel au niveau de son petit cœur et d’autres éléments qui les inquiétaient. Nous avons dû faire des examens supplémentaires, dont une amniocentèse.
Puis le diagnostic est tombé.
Notre bébé était atteint de triploïdie, une anomalie chromosomique rare.
Je ne connaissais même pas ce mot avant que ma fille en soit atteinte.
On nous a expliqué que ce n’était pas quelque chose que j’avais provoqué. Ce n’était pas parce que j’avais fait quelque chose de mal. Ce n’était pas parce que je n’avais pas suffisamment fait attention.
Mais même lorsque la raison est médicale, même lorsque l’on sait que l’on n’y est pour rien, une maman cherche toujours une manière de se demander : Est-ce que j’aurais pu faire quelque chose ? Est-ce que j’aurais pu la protéger ?
Moi, je voulais simplement sauver mon bébé.
Mais je ne pouvais pas.
Nous avons alors été confrontés à une décision que personne ne devrait avoir à prendre : interrompre ma grossesse.
Le 18 août 2026, à 7 h 25, j’ai donné naissance à Malyana.
Ma fille.
Elle avait déjà un prénom. Elle avait déjà une place dans nos vies. Elle avait déjà été tellement aimée.
Mais elle est née sans signe de vie.
Je me souviens de cette journée comme d’un mélange de douleur, d’amour, d’incompréhension et d’irréel.
J’ai accouché de mon bébé alors que je savais que je ne pourrais pas la voir grandir.
Je suis devenue maman dans des circonstances que je n’aurais jamais imaginées.
Et après avoir porté ma fille pendant 22 semaines, je suis rentrée chez moi sans elle.
C’est probablement l’une des choses les plus difficiles à expliquer.
Le monde continue.
Les gens travaillent, sortent, rient, font leurs courses, parlent de leurs projets.
Mais moi, j’avais perdu mon bébé.
Mon ventre était vide.
Mes bras étaient vides.
Et pourtant, mon cœur, lui, était rempli de son amour.
Il y a aussi toutes les choses que nous avions imaginées et qui ne se réaliseront jamais. Je ne connaîtrai pas sa voix, son rire, son visage en train de grandir, ses premiers pas, son caractère, ses petites habitudes.
Je ne saurai jamais si elle aurait eu mes yeux ou ceux de son papa.
Je ne saurai jamais quelle petite fille elle serait devenue.
Et cette absence-là est immense.
Mais Malyana a existé.
Elle n’est pas seulement une grossesse qui s’est arrêtée.
Elle est ma fille.
Elle a été désirée.
Elle a été attendue.
Elle a été aimée.
Elle a été portée pendant 22 semaines.
Elle a eu un prénom.
Et elle aura toujours une place dans notre famille.
Aujourd’hui, j’apprends à vivre avec son absence.
Il y a des jours où je vais un peu mieux. Et puis, il suffit parfois d’une chanson, d’une date, d’une femme enceinte, d’un bébé dans une poussette ou d’une simple pensée pour que la douleur revienne.
Le deuil n’est pas linéaire.
Je peux rire et pleurer le même jour.
Je peux avoir envie d’avancer tout en ayant peur d’oublier.
Mais je sais une chose : avancer ne signifie pas laisser Malyana derrière moi.
Je continuerai à parler d’elle.
Je continuerai à prononcer son prénom.
Je continuerai à raconter son histoire.
Parce que je ne veux pas qu’elle soit oubliée simplement parce qu’elle n’a pas eu le temps de grandir.
À toutes les mamans qui ont perdu leur bébé, je voudrais dire une chose :
Vous êtes mamans.
Même si votre bébé n’est resté que quelques semaines dans votre ventre.
Même si vous n’avez pas pu le ramener à la maison.
Même si personne autour de vous ne sait quoi dire.
Votre bébé a existé.
Votre amour a existé.
Et votre douleur est légitime.
Vous avez le droit de parler de votre enfant. Vous avez le droit de dire son prénom. Vous avez le droit de pleurer encore des mois, des années après. Vous avez aussi le droit de rire, de profiter de la vie et d’être heureuse sans avoir l’impression de trahir votre bébé.
Moi, je suis la maman de Malyana.
Et je le serai pour toujours.
Malyana
18 août 2026 — 7 h 25
Ma fille.
Mon bébé.
Mon amour.
Pour toujours dans mon cœur.
Ophélie.
