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NAËL

Bonjour à tous,

 

je m’appelle Anaïs et j’ai 27 ans. Je suis en couple avec Lionel depuis 4 ans. Nous sommes les parents de Naël, décédé in utero à 38+5 SA et Noah qui a aujourd’hui 5 mois et demi. Je tenais aujourd’hui à partager notre histoire, car cela me tient à cœur de continuer à parler de mon fils, de continuer à le faire vivre à travers mois. Mais aussi parce que le sujet du deuil périnatal est encore trop tabou…

À la suite d’un voyage en Martinique en mars 2024, mon chéri et moi parlons ensemble de ce désir profond d’être parents. Ayant dans notre entourage plusieurs personnes qui ont dû attendre plusieurs mois, voire plusieurs années, avant de pouvoir avoir un enfant, nous décidons donc de nous lancer dans le « projet bébé » étant persuadés que cela mettrai du temps. Mais quelques jours plus tard, un pressentiment. Je vais donc acheter un test de grossesse précoce car mes règles ne devaient arrivées que 2 jours plus tard. Et comme je l’avais pressenti, il était positif… Je réveil mon chéri pour lui annoncer la nouvelle. Il était heureux mais paniqué, car aucun de nous deux ne pensait que ça irai aussi vite…

Quelques semaines plus tard, nous allons faire l’échographie de datation. Quel soulagement quand la sage-femme nous a dit que tout allait bien… et que notre bébé devrait arriver le 25 janvier 2025. Le premier trimestre se passe difficilement, je vomis énormément, je perd du poids mais je continue malgré tout à travailler. Le stress de la fausse couche est là mais je décide d’avancer Viens l’échographie du 1er trimestre, bébé se développe bien, les 3 premiers mois sont passés, le stress d’une fausse couche se dissipe peu à peu.

La grossesse continue, je suis toujours malade, je vomis cependant moins grâce au cariban. Nous apprenons, entourés de nos familles que nous attendons un petit garçon… quelle fierté Nous avions déjà choisi son prénom, Naël. Notre petit bébé bouge énormément, j’ai l’impression qu’il ne s’arrête jamais de faire des pirouettes dans mon ventre, et j’adore ça ! Même lors des échos, il « jouait » systématiquement avec la sonde. Chaque examen nous confirme que Naël est un bébé en pleine santé, qui se développe merveilleusement bien.

Fin décembre 2024, 1 mois avant mon terme, je suis enfin en congés maternité. J’en profite pour finaliser les derniers détails avant l’arrivée de notre fils et nous passons ce qui devait être notre dernier Noël à deux. Et puis viens cette journée du 9 janvier 2025.

Je me réveille très fatiguée. Je me dit que c’est normal, après tout je suis dans mon neuvième mois de grossesse et nous venons de passer les fêtes de fin d’année en famille. Je me rendors jusqu’en fin de matinée, ayant une après-midi remplie de rdv afin de me reposer. L’après-midi passe, je n’ai pas forcément sentie mon bébé, mais je n’y ai pas vraiment prêté attention étant très occupée.

Arrive le soir, je rentre à la maison et m’installe dans le canapé. C’est normalement à ce moment là que Naël bouge énormément, mais rien. Je décide de mettre sur le côté gauche, toujours rien. Je commence à paniquer, mais ne dit rien à mon chéri et lui demande simplement de m’apporter quelque chose de sucré. Bébé était déjà gourmand et ça le faisait bouger à coup sûr ! Mais là, toujours aucun mouvement de mon bébé… La peur commence à m’envahir mais j’essaie de rester calme et j’appelle les urgences de la maternité qui me disent de venir immédiatement. Mon chéri met la valise de maternité dans la voiture et le cosy en disant « c’est peut être pour aujourd’hui »… il essayait de rester positif… mais moi je savais déjà… Le trajet en voiture jusqu’à l’hôpital a été interminable.

Nous sommes pris en charge par une sage femme dès notre arrivée. Elle me fait un Doppler fœtal. Elle cherche le cœur, je vois son visage se fermer. Elle me regarde et me dit « oh il est coquin, il se cache ce bébé ». Mais moi je savais. Je savais qu’un bébé à terme ne pouvais pas se cacher… Elle appelle donc la gynécologue de garde pour réaliser une échographie. Celle-ci commence l’examen en me disant « ah super, il a la tête en bas », phrase qui me rassure légèrement sur le coup.. et puis quelques secondes après, silence… Elle relève sa tête et nous dit « désolée, je n’ai plus de rythme cardiaque ». Ces mots m’ont glacés le sang. Je suis resté choquée, anéantie. C’était impossible, il faisait encore la fête dans mon ventre la veille au soir. Mon chéri, lui demande de vérifier, il ne la croit pas. Malheureusement, cela ne fait que confirmer que le cœur de notre bébé c’était arrêté.

On nous explique le protocole qui va suivre, j’entends ce qu’elle nous dit sans écouter réellement. Nous décidons de rentrer à la maison pour la nuit, avant de retourner à l’hôpital le lendemain matin pour faire des examens complémentaires. Arrivés chez nous, Lionel va directement dans la chambre de Naël, et s’effondre. Il vomira même de chagrin. Alors que moi, la plus sensible de nous deux normalement, aucune larme ne sortait. Je l’ai réconforté à ce moment là. Les choses se sont finalement « inversées » dès le lendemain. J’ai réalisé. Je ne sentais plus mon bébé. Il était encore en moi, mais inerte… Nous retournons à l’hôpital le lendemain matin, on me fait une série de prises de sang, on m’explique que dans la majorité des cas, on ne sait pas la cause du décès in utero des bébés. On m’explique ce qu’il va se passer, les démarches à faire etc…

​Le samedi 11 au matin, je prends des cachets pour déclencher les contractions. Un logo interdit aux femmes enceintes était inscrit sur la boîte. J’avais l’impression de tuer mon bébé une seconde fois en prenant ces comprimés, c’était atroce… La maternité m’a donné rdv le 13 janvier au matin, pour l’accouchement, le temps que les médicaments fassent effet sur mon col. Mais dès la nuit du samedi au dimanche, j’ai eue des contractions douloureuses. Elles sont finalement passées au bout de quelques heures. Le dimanche, quelques contractions dans la journée… et puis à partir de 18h, des contractions qui sont de plus en plus douloureuses et régulières. Je décide de prendre un spasfon, une douche chaude et d’aller me coucher. Après tout, mon col n’était pas favorable et c’était mon premier enfant, donc on m’avait dit que ça serait long. Mais la douleur ne désemplit pas, au contraire. Jusqu’au moment où le simple fait de bouger me déclenchait une nouvelle contraction.

Lionel décide de m’emmener à la maternité, malgré l’avis qui lui a été donné quelques minutes plus tôt au téléphone, car il me voit souffrir, et nous habitons à 45 minutes de l’hôpital… J’étais tellement épuisée que je m’assoupissais entre chaque contraction… Nous arrivons à la maternité, une sage-femme nous accueille, et après m’avoir examiné, m’indique que nous avons bien fait de venir car mon col était ouvert à 9. Finalement, la douleur psychologique a pris le dessus sur la douleur physique.

Et là tout c’est enchaîné. Je me suis mise à trembler de peur. On allait m’arracher mon bébé. Parce qu’en temps normal l’accouchement est le moment le plus merveilleux car il représente la rencontre avec son bébé, mais dans mon cas il s’agissait de la fin de notre histoire, de sa courte existence… Par chance, aucun autre accouchement n’a eu lieu cette nuit là… ça aurait été encore plus dur d’entendre un bébé pleurer à côté de nous. La sage-femme de garde cette nuit là a été extraordinaire, elle a appelé mon gynécologue afin que ça soit lui qui assiste à mon accouchement, pour que cela se passe dans les meilleures conditions possibles au vu de la situation. Je pousse seulement quelques minutes, et à 6h27, le 13 janvier 2025, Naël est né, sans un bruit. Même si je savais, je lui ai demandé de pleurer, j’avais un dernier espoir, mais rien.

La sage-femme a emmené directement notre bébé. Mon gynécologue la rejoint quelques minutes après. Il revient nous voir au bout d’un certain temps. Il nous explique qu’il connaît la cause de décès de Naël. Notre bébé avait 3 circulaires de cordons, très serrées, autour du cou. Ce fichu cordon, qui a maintenu pendant plus de 8 mois mon bébé en vie dans mon ventre l’a aussi tué. Quelle injustice. Moins d’une heure après, on nous emmène Naël, dans la tenue de naissance que nous avions soigneusement choisie pendant ma grossesse. Sa première tenue qui sera aussi sa dernière. Il était parfait, et ressemblait énormément à son papa. Je l’ai pris dans mes bras et j’ai regardé chaque trait de son visage. Voir notre bébé sans vie a été beaucoup plus dur pour Lionel, il n’a pas réussi à le prendre dans ses bras.

Nous sommes ensuite descendu en chambre, on nous demande de remplir un tas de papier, j’étais incapable de quoi que ce soit, c’est Lionel qui s’est occupé de tout. J’ai pu retourné voir Naël dans la journée. Cette vision de mon bébé, seul dans cette grande et sombre chambre froide me hante encore. Je l’ai pris dans mes bras, je lui ai parlé, énormément. Je l’ai bercé aussi, et j’ai essayé de réchauffer son petit corps si froid… En partant, j’avais tellement l’impression de l’abandonner… Nous avons quand même fait réaliser une autopsie, car nous savions que nous voulions d’autres enfants, et nous voulions être sûrs qu’il n’y ai aucune anomalie génétique ou autre qui aurait pu se reproduire. Mais non, rien, tout allait bien. Notre bébé était en parfaite santé.

Lionel a été d’un soutien sans faille. Je l’ai bien sûr soutenu inconditionnellement en retour. Notre amour a été notre force. La mémoire et l’amour que nous portions et que nous porterons toujours à Naël aussi. Nos proches, famille, amis et collègues ont aussi été d’un soutien extraordinaire. Nous nous reconstruisons petit à petit, la douleur est toujours là, pas moins présente qu’avant, pas moins importante, nous apprenons seulement à vivre avec. Naël est toujours avec nous, et il le sera toujours. D’ailleurs, il m’a fait le plus beau des cadeaux : le jour de ma première fête des mères, que j’appréhendais énormément d’ailleurs, j’ai su que j’étais enceinte de notre deuxième enfant.

Cette joie immense, qu’il m’a permis de connaître à nouveau…

J’ai vécue une grossesse très angoissante, la peur que tout recommence, la perte de cette innocence, malgré un suivi médical beaucoup plus important.

Le 20 janvier 2026, soit 1 an et 7 jours après la naissance de Naël, notre petit Noah, notre bébé arc-en-ciel nous a rejoins, en pleine santé.

Nous lui parlons très souvent de son grand frère et il lui ressemble beaucoup. Ce deuxième enfant représente l’espoir, l’amour et tant de choses. C’est d’ailleurs un bébé qui ne cesse jamais de sourire, un vrai bonheur.

Nous sommes des parents, entre ciel et terre.

Anaïs. 

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