
L'histoire
de Robin
Bonjour,
Je souhaite partager ici l'histoire trop courte de mon fils Robin pour témoigner de l'amour je lui porte pour toujours.
Après avoir fêté le premier anniversaire de notre fille, notre rayon de soleil née en mars 2024, nous décidons d'agrandir notre famille.
Début juillet 2025, j'apprends que je suis enceinte. Un immense bonheur. Nous allions offrir à notre fille une fratrie, nous qui avons grandi si proches de nos grands frères et grandes sœurs.
Le terme est prévu autour de ses deux ans. Pour nous, c'était l'écart d'âge idéal. Au même moment, mon beau-frère et ma belle-sœur attendent eux aussi des jumelles pour la même période. Tout semble s'aligner. Nous sommes tous heureux.
Notre appartement devenant trop petit, nous décidons qu'il est temps d'acheter une maison. Une maison avec un jardin, de l'espace, des projets. Nous emménageons fin janvier 2026. Début février, les jumelles naissent.
La grossesse se passe bien. Malgré la fatigue de la fin de grossesse, le déménagement, la nouvelle nounou, les cartons, le mauvais temps... nous avançons sereinement.
Puis arrive ce dimanche 22 février. Après avoir monté le portique dans le jardin, nous partons à la maternité parce que je ne sens plus Robin bouger depuis un moment. J'essaie de le stimuler. Rien.
À notre arrivée, tout va très vite.
Puis la phrase qui fait basculer notre vie. Son cœur s'est arrêté.
On entend les mots sans les comprendre. On ne réalise pas. On pose des questions pratiques parce que c'est tout ce qu'il nous reste à faire. Mais dans ma tête, une seule question tourne en boucle. Pourquoi ? Pourquoi maintenant, à 37+3 SA, alors que ta chambre est prête ? Pourquoi toi, alors que tout allait bien ? Pourquoi ? Et surtout... comment ? Comment est-ce possible ? Qu'est-ce que j'ai pu faire ?
On rentre chez nous dans un état second. Nos parents nous rejoignent. Ils sont là, présents, aimants, eux aussi anéantis face à l'incompréhensible.
Moi, je suis enfermée dans ma douleur. Tu es encore dans mon ventre. J'ai envie que tout s'arrête, que cette attente insupportable prenne fin. Et en même temps, je voudrais que rien ne change. Que tu restes avec moi. Que rien de tout cela ne soit arrivé. Deux désirs impossibles qui cohabitent.
Dans la nuit du lundi au mardi, les contractions commencent. Robin naît le 24 février à 9 h 29, dans un silence assourdissant. Il fait 2.8 kg et 50 cm.
Nous te prenons dans nos bras. Nous te regardons. Nous observons le personnel prendre soin de toi, t'habiller avec une infinie douceur, prendre tes petites empreintes.
Puis vient cette question : « Vous vouliez savoir, c'est bien ça ? » Oui. Parce que, même si aucune réponse ne pourra jamais réparer ce qui s'est passé, j'avais besoin de comprendre. On nous montre un nœud au cordon. Puis on nous parle d'un autre, très serré, autour de ton cou.
Le cordon qui t'a donné la vie t'a aussi donné la mort. Cette phrase résonnera toujours en moi. Tu allais bien. Tu étais en pleine forme. Quelques heures plus tôt, nous préparions encore ton arrivée. Je ne veux plus te quitter. Je voudrais rester avec toi pour toujours. Pourtant, il faut te laisser partir.
Mais le plus difficile c'est la suite. Rentrer chez soi sans son bébé. L'absence, le manque, savoir qu'on entendra jamais ton rire et qu'on ne verra jamais tes yeux ouverts. Prévoir un enterrement. Choisir un cercueil. Voir cette chambre indéfiniment vide. La montée de lait, les pertes de sang, les pertes de cheveux, ce corps en post partum qu'on accepte quand on a son enfant et qui là, alors qu'il nous a trailli et à qui on en veut tellement, nous rappelle sans cesse que tu devrais être là. Voir ta sœur chercher son petit frère et jouer à la poupée en me demandant de lui donner du lait. Voir ta sœur grandir de jours en jours et continuer de jouer seule ou avec des adultes. Entendre des pleurs de bébés dans la rue ou ailleurs, qui réveillent quelque chose d'animal en moi, et sentir mon corps chercher son enfant à lui. Voir le monde continuer de tourner pendant que le nôtre s'est arrêté. Aller à des évènements où tu aurais dû être là, tous ces moments projetés. Les annonces de grossesse, les naissances, les familles avec des enfants de 2 ans d'écart, une grande soeur qui joue avec son petit frère. Cette jalousie qui me ramène à ma plus grande blessure et ma plus grande peine.
Découvrir aussi que le deuil révèle les présences... et les absences. Les mots qui réconfortent. Les silences qui blessent. Le sentiment d'être devenue étrangère au monde d'avant.
C'est vouloir un autre enfant alors que son cœur est en deuil et son corps en plein post partum. Attendre chaque cycle avec espoir. Pleurer ton absence. Culpabiliser d'espérer. Vouloir avancer sans jamais vouloir t'oublier. Parce que ce n'est pas toi que l'on cherche à remplacer.
C'est ton absence.
Mais sur le chemin c'est aussi de belles rencontres et des belles surprises. Des personnes qui sont là au bon moment. Des amitiés qui perdures. Des rencontres avec d'autres mamans endeuillées parce qu'on se sait. Appartenir à ce club qu'on aurait voulu ne jamais connaître.
C'est aussi regarder avec amour un rouge-gorge qui s'approche "when Robins appear, loved ones are near", les papillons, les étoiles... Autant de petits signes auxquels on s'accroche parce que l'amour, lui, ne disparaît pas.
La maternité, c'est avant tout cela. C'est de l'amour. C'est vouloir crier au monde entier ton prénom, montrer que tu as existé et que tu existes toujours à travers des initiatives comme celle-ci.
Je t'aime mon fils, mon étoile, je suis ta maman pour toujours. Déjà 5 mois. 5 mois que tu n'es pas dans mes bras mais que tu resteras dans mon cœur à tout jamais.
Robin - 24.02.2026 🕊️✨
